Décryptage et actualité de la vie des marques - PAR MILLWARD BROWN

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10 September 2012

Le respect, ce n’est pas du luxe

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Il en va des Unes de “Libé” comme des blagues belges : neuf fois sur dix, elles nous font sourire. Et puis il suffit d’une seule déplacée, de mauvais goût, ou outrancière, pour que l’on grimace, en regrettant que son auteur dérape de la sorte.

Un dérapage, c’est exactement ce qu’a commis le quotidien ce matin, en exécutant Bernard Arnault sur sa Une via une photo du patron de LVMH barrée du titre “casse toi, riche con !”. Avec cette manchette, Libération est maladroitement tombé dans le piège de l’excès. Poussés par l’irrépressible appel du jeu de mot, les responsables éditoriaux du titre se sont sans nul doute fait plaisir. Mais il est regrettable que l’insulte prenne le pas sur l’esprit, et le populisme sur l’honnêteté intellectuelle.

Car s’il est vrai que, comme l’a si bien chanté Brassens, “quand on est con, on est con”, Bernard Arnault est justement loin de l’être. Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les adeptes de la petite phrase qui, sans craindre de tout mélanger ou de travestir la vérité, succombent aux sirènes de l’excès. La palme revenant au PCF qui, le plus sérieusement du monde, appelle “à mettre hors d’état de nuire les dirigeants irresponsables ou cupides”. Sans oser préciser “antipatriote”, formule sans doute trop frontiste.

Antipatriote, un patron qui, avec LVMH, leader mondial du luxe, est l’emblème de la réussite hexagonale et qui a installé son groupe au premier rang des entreprises françaises à l’international (comme l’indique cette année encore le classement BrandZ Top 1OO des marques les plus puissantes au monde) ? Irresponsable, un dirigeant qui  pèse des dizaines de milliers d’emplois et milite comme personne pour le “made in France” ? Un traître, celui dont l’influence a si souvent permis à nos dirigeants politiques “d’exister” au moment de négocier des contrats mirifiques à l’étranger ?

Que Bernard Arnault se rassure, sa condamnation par les bons penseurs professionnels est excessive. Et “tout ce qui est excessif est insignifiant” comme l’affirmait Talleyrand.  Son seul malheur – si j’ose dire – est de posséder la première fortune de France. À ce titre, il  est évident qu’il est redevable, et pas uniquement auprès du fisc.

Il est aussi, de fait, un symbole, et donc une cible. Nul doute que sa défense aurait mérité meilleure argumentation que celle lâchée ce week-end.

La morale de cette histoire prête malgré tout à rire, puisque, encore aujourd’hui, en France, on peut être riche et être traité de pauvre con.

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